La Gazette de Bordeaux

Bertolt Brecht revisite dans « Le Cercle de Craie Caucasien » présentée pour la première fois en 1948, tout un pan de la société de l’Union soviétique. La vie dans les Kolkhozes, la montée révolutionnaire, la violence militaire, les facéties de la justice, la notion
de propriété.
Tous ces thèmes sont évoqués dans une fresque imagée, comme un conte sur l’humanité et l’ambiguïté de ses valeurs morales dans une mise en scène de Christiane Magendie à la salle de La Glacière à Mérignac. Bertolt Brecht revisite dans
« Le Cercle de Craie Caucasien » présentée pour la première fois en 1948, tout un pan de la société de l’Union soviétique. La vie dans les Kolkhozes, la montée révolutionnaire, la violence militaire, les facéties de la justice, la notion de propriété.
Tous ces thèmes sont évoqués dans une fresque imagée, comme un conte sur l’humanité et l’ambiguïté de ses valeurs morales. Quant aux prises de position de Brecht, elles sont tout d’abord influencées par une éducation traditionnelle teintée d’un nationalisme fondé sur la religion, puis, alors qu’il est écoeuré par la guerre, par ses lectures attentives de Marx. La Commune d’abord, la naissance des syndicalismes ensuite, mais aussi la Révolution d’Octobre et l’explosion culturelle berlinoise d’après-guerre, ont été pour lui autant de sources d’inspiration. Ses oeuvres interdites et brûlées sous le IIIème Reich, furent, après un retour d’exil de quatorze ans à Berlin Est, supprimées des ouvrages destinés à l’enseignement scolaire. Immense auteur controversé par des gouvernements autoritaires parce que trop libre et qui livre ici une pièce emblématique du Théâtre épique.
Le Cercle de Craie Caucasien débute par une rivalité guerrière entre deux Kolkhozes rescapés de bombardements allemands, continue par une mise en abîme au cours de laquelle nous est contée une vieille légende : le gouverneur Abaschvili est exécuté, incendie, panique, fuite des habitants. Natella, (l’excellente Laurence Laska) est la femme du gouverneur sèche et préoccupée par ses toilettes plus que par son enfant et elle s’enfuit en le laissant. Groucha interprétée avec beaucoup d’émotion par Guilhelma Pradels le recueille et va alors, au péril de sa vie et de son honneur, l’élever comme s’il était sien. Le noeud de cette pièce, c’est bien sûr la scène du jugement. Que va décider ce juge Azdack – écrivain public pochtron mais philosophe et humain ? A qui va-t-il donner cet enfant, à la mère de sang ou à la « Mère courage » Groucha ?
Il s’agit là pour BRECHT d’exprimer ce qu’il pense de la notion de propriété. Il y a bien sûr la mise en scène très remarquable de Christiane Magendie, mobile, inventive, foisonnante, vivante. Les décors minimalistes et mobiles concourent aussi au dynamisme de cette représentation. Il y a ce style bien particulier voulu par BRECHT de la « distanciation » : il s’agit de tenir le spectateur à distance de cette histoire, comme ces enfants qui jouent « pour de faux » obtenu par des acteurs jouant tour à tour différents rôles, empêchant ainsi tout identification trop marquée.
Le narrateur ensuite nous fait part du contexte, des sentiments inexprimés de tel ou tel personnage, sur un ton volontairement plat, comme pour nous intimer d’avoir à regarder l’oeuvre d’un oeil objectif. Il y a la beauté des costumes réalisés par Yvonne Dumas, les matières nobles lin et velours, les couleurs naturelles, tout concourt à l’esthétisme presque pictural de ce spectacle. Il y a le talent de cette troupe enthousiaste et touchante qui a su nous emmener jusqu’en Géorgie ce soir Il y a aussi et enfin l’étrange résonnance de la musique de Toni Leite et de Gilles Bordonneau.
Ce fut une belle soirée … Le Théâtre de Zélie a signé là une de ces plus belles réalisations.

Prochaines représentations de ce spectacle :

Le 4 mai à CHATELLERAULT pour Amnesty International
Le 11 mai à LESCAR (PAU) pour le Festival de Théâtre Amateur
Le 2 juin à VIILLENEUVE DE MARSAN sélection hors concours FESTEA